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Recherches Récentes

Depuis la parution du livre de Charles Sterling, quelques études sont venues compléter la connaissance que nous possédons du Couronnement de la Vierge, et notamment celles de Bernard de Vaivre, de Daniel Le Blévec et d' Alain Girard. (Vous trouverez les références complètes de ces différentes publications dans la section bibliographie)

A. identification des trois personnages agenouillés du Couronnement de la Vierge

On a longtemps cherché à identifier de manière certaine les trois personnages représentés à petite échelle et dans la position du priant, ou du donateur, sur le retable du couronnement. Dans le prix-fait, qui est pourtant si précis, on ne trouve pas de mention concernant la représentation des deux personnages pourtant représentés.

Le premier est identifiable à son écu (cf. image ci-dessus, à droite) : il s' agit de Guillaume de Montjoie, dont les armes de gueules à la clef d' or en pal sont connues depuis longtemps. Celui-ci décède en 1451 ; soit deux ans avant le couronnement.
Il a été prévôt d' une église d' Aoste dans les dernières années du XIVème siècle. Il y rencontrera Jean de Montagnac (gny), comme on le comprendra dans la suite de cet exposé.

Le second est Antoine de Montagnac, frère de Jean. Il est habillé d' une cotte de maille. Ses armoiries sont très effacées, ce qui jusqu' aux recherches récentes, a posé beaucoup de problèmes.

ll s' agit d' un heaume cîmé de deux cornes auxquelles sont attachées trois boules sur chacune des deux. Les armoiries sont soutenues par deux sirènes.

Il s' agit d' un type quasi inexistant en France à cette époque, mais très à la mode en revanche dans la vallée du Rhin et aux Pays-Bas. Après de nombreuses recherches, on a pu les attribuer à la famille de Montagny, originaire des alentours de Fribourg. On sait que cette famille a du s' exiler de ses terres d' origine pour des raisons politiques et successorales. Ils reçurent en contrepartie des terres dans la vallée d' Aoste : Brissogne et Sarre.

On n' avait jamais pu préciser qui étaient réellement Jean et Antoine de Montagnac, puisque, de fait, on n' avait jamais pu découvrir à quelle famille il appartenaient. On les a recherchés longtemps en vain dans le Limousin et le Périgord , du fait de la terminaison de leur patronyme en -ac. Dans son testament, Jean de Montagnac, lègue à son frère Antoine, "Seigneur de Brissone et de Sarre", les terres qu' il possède dans son pays d' origine. On a donc retrouvé les origines de Jean et Antoine de Montagnac, qui sont en fait Jean et Antoine de Montagny (la francisation de la forme latine de leur nom, Montagniacus aura été mal retranscrite en Montagnac).

On pense même que ce pourrait être Guillaume de Montjoie qui aurait convaincu Montagny de quitter Aoste pour Avignon : ses relations personnelles avec lui expliquent alors sa présence sur le retable du Couronnement de la Vierge, d' autant plus que celui-ci était un ami et un bienfaiteur des Chartreux. La présence d' Antoine s' explique quant à elle par la mort de celui-ci peu de temps avant la réalisation de l' oeuvre : son frère Jean aura ainsi voulu lui rendre hommage.

B. Controverse concernant le commanditaire du retable

On a vu que l' iconographie du Couronnement de la Vierge est très précise et très complexe. On a longtemps pensé que celle-ci était l' oeuvre de Jean de Montagny, que l' on pensait être le commanditaire du tableau. Mais le rôle de celui-ci convient aujourd'hui d' être relativisé. On sait que c' est bien Jean de Montagny qui a passé l' acte de commande du retable avec Enguerrand Quarton. Cependant, sa fonction au sein de la chartreuse a été extrapolée : il n' est pas chapelain de la chartreuse (cette fonction n' existe pas chez les Chartreux), il était seulement titulaire d' une chapellenie, c' est à dire qu' il était chargé de célébrer régulièrement des messes sur des autels précis de la chartreuse.

Ce ne peut donc pas être lui qui a commandé ce retable. Il ne l' a sûrement pas non plus offert si l' on considère que l' ordre Chartreux est austère et ne souffre nulle ostentation (ils vivent totalement cloîtrés et ne reçoivent pas de laïcs dans leur église). De plus, le lieu de destination du retable n' est pas anodin lui non plus : il s' agit de la chapelle funéraire d' Innocent VI, le fondateur de la chartreuse. Pourquoi alors ne pas voir en les moines Chartreux les véritables commanditaires du couronnement, Jean de Montagny ne constituant qu' un intermédiaire entre les moines et le peintre ?

Plusieurs éléments permettent d' étayer cette proposition qui, je l' accorde, est audacieuse, mais néanmoins convaincante.

Pourquoi les Chartreux auraient 'ils eu besoin d' un intermédiaire ?
Parce qu 'une ordonnance de 1424 provenant du chapitre général demandait aux prieurs de ne plus accepter d' orner leurs autels d' images recherchées, comprenant des personnages féminins et les armes de laïcs puissants, mais aussi d' ôter les peintures qui s' trouvaient déjà. La décision ne fut appliquée qu 'avec réticence. Dès lors, ils ne pouvaient commander eux-mêmes un tel retable. Ils se sont donc adressé à un de leurs proches, Jean de Montagny qui l' a "fait faire" sur leurs instructions.

Pourquoi des hommes épris de tant de simplicité auraient ils pris le risque de mécontenter le chapitre général ?
Le retable était placé dans un lieu non public, il ne pouvait être vu que par les moines qui venaient se recueillir. Il s' agit d' une élite religieuse érudite, très familière de l' iconographie développée par Enguerrand Quarton, ce qui est logique si le programme iconographique a été élaboré par leurs soins. L' oeuvre serait ainsi un manifeste de la pensée cartusienne, destinée à faire réfléchir plus encore les moines sur des thèmes fondamentaux de l' ordre : il ne serait donc pas uniquement décoratif, mais bien plus encore signifiant, un réel support de méditation.

Quels sont les éléments de la pensée cartusienne présents dans l' iconographie ?
Tout d' abord le désir de mettre en valeur l' unité de la chrétienté après le grand schisme qui avait secoué l' occident, en réconciliant dans le tableau les églises grecques et latines. Il s' agit d' une préoccupation éminemment cartusienne, puisque plusieurs frères Chartreux ont participé aux rencontres qui ont mis fin au schisme, et notamment Guillaume de Montjoie.

Ensuite la traduction dans de nombreux éléments du tableau du précepte Chartreux :"Qu'ils soient un comme nous somes un". Il se manifeste ainsi dans la représentation de la trinité (qui peut être interprétée également comme une métaphore de l' union des deux églises), mais aussi dans la représentation de la messe de Saint Grégoire ou dans le purgatoire.

Il y a d' autres éléments de détail que l' on peut aussi associer aux Chartreux, comme par exemple la messe, qui est représentée dans l' église Sainte-Croix de Jérusalem, qui est, depuis 1370, une église de la chartreuse de Rome.

Le retable du couronnement de la Vierge est donc bien un manifeste de la pensée cartusienne, la représentation sensible de la thèse développée par Saint Jean de la croix, un proche des Chartreux :

"Les images servent d' échelons pour nous élancer aux choses invisibles... L' impression sensible ne doit jamais avoir la prééminence sur ce qu' il y a de réel et de spirituel dans le culte des images"
Saint Jean de la Croix, La montée au carmel,1.III, ch XXXVI

Conclusion

Nous ne pouvons, pour conclure que citer Daniel Blévec et Alain Girard :

"...le tableau n' est pas pour les Chartreux seulement une image sensible, signe d' un superflus ou d' une ostentation. Au contraire, il devient en ce milieu du XVème siècle, nécessaire : son but est de conduire l' âme à Dieu".

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© Virginie Clève - Novembre 2002 (V3) - Site ouvert depuis le 1er octobre 2000
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