Le rayonnement d'
Enguerrand Quarton
Influence
en Languedoc
Dans le retable
du parlement de Toulouse (Toulouse, Musée
des Augustins), les cassures rythmiques du drapé,
la main de saint Jean, le geste de bénédiction
du Christ sont hérités de la tradition
Quartonnienne. Le médaillon avec l' ange
est très semblable à celui du
retable de Carpentras. Il s' agit vraisemblablement
d' un peintre Toulousain ou Aragonais ayant
étudié à Avignon. L' oeuvre
était prévue à l' origine
sans les 2 donateurs.
Influence
en Val de Loire
Un peintre qui
devait être fameux à son époque,
Paoul Goybault, a imité la composition
du purgatoire du couronnement : un ange sauve
un pape du purgatoire dans la peinture murale
représentant le jugement dernier de la
chapelle du château de Chateaudun. Ce
même Goybault est lui-même imité
dans deux peintures murales de l' église
Saint-Mexme de Chinon, l' une représente
le jugement dernier et l' autre la fontaine
de vie (celle-ci suit fidèlement une
composition d' un suiveur de Quarton, ainsi
que les textes qui y sont représentés
et les quatre têtes d' évangéliste
(Avignon, musée Calvet, en dépôt
au musée du Petit Palais d'Avignon).
Cependant, les
deux oeuvres dont nous venons de parler sont
fort éloignées du style de Quarton
: elles sont plutôt caractéristiques
du val de Loire. L' influence de Quarton pourrait
être due à des dessins, et les
artistes du Val de Loire se seraient beaucoup
plus intéressés au motif représenté
qu 'à son style.Dunois, le protecteur
de Goybault pourrait les avoir ramenés
avec lui du voyage qu' il a fait à Arles
en 1463.
Influence
dans le Nord

Repas chez Simon
Lille, musée des Beaux-arts
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On
peut comparer le visage de la Madeleine
repentante du "repas chez Simon"
du musée de Lille et le visage
de la Madeleine de la pietà de
Villeneuve : ils sont quasiment identiques.
Le Christ quant à lui, avec son
crâne volumineux et ses traits réguliers,
fait beaucoup penser à la trinité
du couronnement. On retrouve d' ailleurs
les mêmes petites mèches
sur le visage. Il faut alors signaler
que ce type de visage n' est pas du tout
courant dans la peinture septentrionale.
Soit ces
analogies dérivent d' un modèle
connu en Picardie avant 1440 environ,
soit elles sont empruntées à
la pietà de Villeneuve peinte vers
1455/56.
Une théorie
serait alors de dire que des peintres
du nord, dont on connaît par les
archives le passage à Avignon,
seraient repartis chez eux en emmenant
dans leurs bagages des dessins de la Pietà |
Ce ne sont,
dans l' état actuel des connaissances
que de pures spéculations.
Influence
en Italie
Joos Amman von Ravensburg
Annonciation, Gènes |
On retrouve la composition
de l' annonciation d' Aix de Barthélémy
d' Eyck dans une peinture murale représentant
une Annonciation de Jos Amman von Ravensburg,
datée et signée de 1451
et conservée à Gènes
dans l' église Santa Maria di
Castello.
René d' Anjou
s' intéressera toute sa vie à
l' art italien. On peut alors imaginer
que l' art de Quarton a pu être
transmis via les routes commerciales
aussi bien en Italie qu'en Espagne.
On retrouve dans les
mains croisées de la Vierge la
manière de Quarton.
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On en retrouve également
les échos dans des oeuvres de peintres
siciliens et napolitains, sensibles au
caractère latin de ses oeuvres
: par exemple le retable de Saint Pierre
du maître de la croix de Piazza
Armerina aujourd'hui de l' église
Santa Maria la stella à Militello
Val di Catania, ou le couronnement de
la Vierge par le Christ de Riccardo Quartararo,
vers 1491/92, peint à Palerme.
A Naples,
vers 1492, on peut signaler également
un Saint Michel terrassant le dragon de
Francesco Pagano, qui fait penser aux
interprètes marseillais des paysages
Quartoniens, et plus précisément
à Josse Lieferinxe (Cf le calvaire
du Louvre).
L' influence
la plus importante pour l' histoire de
l' art est celle exercée sur Antonello
de Messine. On a d' abord pensé
à rapprocher le retable Requin
d' une Vierge à l' enfant conservée
à la National Gallery de Londres
, mais dont l' attribution à Antonello
n' est pas certaine. Puis on l'a rapproché
d' une seconde, conservée pour
sa part à Messine.
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Antonello da Messina
retable de la Vierge, Messine
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On y retrouve la même pomme dans
la main de l' enfant et la composition
générale.La Vierge se
trouve le même plateau, posé
sur un sol de la même couleur
sur les deux oeuvres
On retrouve également des similitudes
dans les plis en tuyau d' orgue des
saints qui entourent la Vierge.
Celle ci est identique dans la forme
du visage, avec la même raie médiane,
les vêtements répandus
autour d' elle.
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Ce
retable est postérieur de 50 ans
à celui de Quarton, mais , bien
que les couleurs d' Antonello soient plus
chaudes, les similitudes suggèrent
une expérience visuelle du peintre
devant l' oeuvre de Quarton.
Il y
a deux périodes mal connues dans
sa biographie qui permettent d' imaginer
un voyage en Provence : 1457/59 et 1465/71.
Sterling penche pour la seconde de ces
deux périodes.
Antonello rentre en 1460 d'un long voyage
en flandres selon Vasari. Le paysage
marin que l'on remarque à l'arrière
du couronnement de la vierge est très
très proche de la crucifixion
de Bucarest d'Antonello (daté vers
1460 justement). Un autre élément
vient à l'appui de ces observations :
la copie partielle par Lieferinxe (un
autre provençal) de la composition
d'Antonello « Abraham et les
3 anges » (voir à ce sujet l'excellent
catalogue de Dominique Thiébaut : Primitifs
Français - Découvertes et redécouvertes,
Paris, Musée du Louvre, 2004, page 152)
Dans
l' entourage direct d' Antonello, Sterling
signale également un tableau non attribué représentant
une Vierge à l' enfant et dont
la simplicité monumentale rappelle
celle de Quarton.
Influence en Espagne
De Juan
de Borgona, dont l' activité est
attestée de 1495 à 1535,
on peut signaler également une
pietà dans l' église paroissiale
d' Illescas |
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Son iconographie, et même
son style dérivent de la pietà
de Quarton : c' est une peinture de la jeunesse
de l' artiste, non marquée encore par
l' italianisme, et où la notion de profondeur
est peu présente. On y retrouve les éléments
de la pietà de Quarton : les mains jointes
de la Vierge, le geste de Saint Jean, la même
inscription, qui, cette fois-ci, se lit sur
le galon du manteau de la Vierge, les disques
verticaux pour les nimbes, etc…
La seule différence est
le donateur, placé à l' arrière,
peut-être à l' exemple de Rogier
van der Weyden (Pietà conservée
au Prado et qui a pu se trouver en Espagne dès
le XVè).
Une autre pietà de Juan
de Borgona, une peinture murale cette fois,
conservée à la cathédrale
de Tolède confirme la ténacité
du souvenir Quartonien.
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On retrouve la main gauche du Christ,
dont le bras est invisible, posée sur son pagne
: Jean de Bourgogne a pu voir de près la pietà
de Quarton. D' ailleurs, ce n' est pas le seul exemple
car on recense ça et là des emprunts à
Nicolas Froment, à Jean Changenet, à Josse
Lieferinxe de son associé piémontais Bernardino
Simondi et de bien d'autres.
Pour conclure et être complet,
il faut dire que la Pietà de Quarton était
connue en Espagne avant Borgona par des dessins et on
en retrouve l' influence sur deux oeuvres, mais uniquement
en ce qui concerne la composition et pas du tout pour
le style (voir à ce sujet le livre de Charles
Sterling cité dans la bibliographie).
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© Virginie Clève
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