Il ne s'agit pas ici de traiter du manuscrit
dans son ensemble, qui a été enluminé
au début du XVème siècle,mais
seulement de deux grandes miniatures ajoutées
en Provence ultérieurement (ci-dessus),
probablement vers 1470-1480 selon la thèse
de François Avril. Celles-ci ont été
réalisées pour Jean Le Meingre
III dit Boucicaut connu comme amateur d'art.
Il s'installe à Avignon en 1477.

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La première de ces miniatures
(ci-dessus, à gauche) représente
dans la position du donateur Jean Le
Meingre, (bien identifié par
ses armoiries présentes sur le
coté du prie-dieu) assistant
à "la messe miraculeuse
de saint Grégoire".
Les similitudes avec les deux
élévations du missel de
Jean Des Martins peintes en 1466
sont évidentes.
On y retrouve également les mêmes
nuages mordorés que dans le livre
d'heures Morgan et dans le missel
Des Martins, les plis cassés
au sol du vêtement de Le Meingre.
Le portrait de Jean III Le Meingre semble
très individualisé, réalisé
d'après le modèle vivant.
C'est le cas également pour le
visage de saint Grégoire. Il
pourrait s'agir de Le Vitre ou de Pierre
Velhon, deux ecclésiastiques
proches du commanditaire.
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Le
motif du christ de pitié de l'autel
entre Marie et Saint Jean est repris intégralement
du couronnement de la vierge (voir ci-contre).
Sterling trouve cependant les visages
de ces personnages éloigné
du style de Quarton.
La présence de Marie et de Jean
autour d'un christ de pitié est
un motif très rare dans les représentations
de la messe de saint Grégoire.
La disposition des symboles de la passion
le sont aussi dans leur disposition (par
exemple les 30 deniers de Judas représentés
comme un rayon de miel). La croix que
l'on distingue derrière le christ
ainsi que les nimbes cruciformes sont
très proches des mêmes éléments
représentés dans le calvaire
Des Martins (cela est difficile à
distinguer sur ces reproductions... mais
faisons confiance aux spécialistes
sur ces points). |
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La seconde illustre la "Sainte plaie du christ
avec les symboles de la passion". Pour Sterling,
elle est d'une qualité inférieure,
certainement l'oeuvre d'un collaborateur.
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Elle n'en reste cependant pas moins
impressionante, à l'image de
cette tête coupée et crachante
et de cette "plaie-bouche"
qui, il est vrai, s'écartent
du répertoire quartonien.
Ce motif oblong assure la stabilité
de la composition, en contrepoint des
nombreuses verticales qui émaillent
la miniature. Le bleu profond dans lequel
baigne la représentation est
très similaire à celui
du ciel du Couronnement de la Vierge.
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On retrouve également des éléments
typique d'Enguerrand Quarton, comme l'inscription
au bout d'un bâton en haut de la croix,
ou les 5 clous plantés au croisement
des traverses : c'est exactement la me^me croix
que dans le missel de Jean Des Martins.

Heures de boucicaut f.242 détail |

Missel de Jean Des Martins Calvaire détail |
Tous ces éléments nous amènent
à penser que Boucicaut devait avoir une
dévotion particulière pour la
Passion.
La thèse de Charles Sterling (dans son
livre de 1983 sur Enguerrand Quarton) était
que l'auteur de ces miniatures est Pierre Villate,
avec qui l'on sait que quarton a travaillé
sur le retable Cadard. Aujourd'hui, on penche
pour une réalisation de Quarton lui-même
(voir dans la bibliographie l'article récent
consacré au manuscrit de Namur paru dans
la Revue de l'Art).
Dominique Thiébaut émet l'hypothèse
que ces deux miniatures seraient une oeuvre
précoce de Quarton, vers 1450, avec un
ajout du personnage du donateur vers 1480/1490
par Pierre Vilatte.