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Missel de Jean Des Martins
Paris, Bibliothèque Nationale, N.A.L 2661
428 folios sur parchemin

Le destinataire du manuscrit est identifié par un colophon typique de l' usage d' Aix, qui se trouve au folio 435v. Ce colophon nous donne la date de livraison du manuscrit: Juin 1466.

Il comporte:
• 28 initiales historiées ; dont les initiales de Jean Des Martins au folio 7, une rencontre à la porte dorée, une nativité, la consécration d' une église et un saint Maximin.
• 2 grandes peintures pleine page. Parmi celles-ci, il faut signaler les deux grandes peintures du canon de la messe qui se font face. A gauche, un dieu en majesté trônant, entouré d' un tétramorphe et à droite un calvaire composé d' un Christ en croix entouré de la Vierge et de saint Jean.
• 3 peintures plus petites, de forme carrée et de la largeur d'une colonne d'écriture : une prière du Te igitur, une élévation de l' hostie et une élévation du calice.

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Canon de la messe
Dieu le père
Canon d la messe
Crucifixion

Le destinataire du missel est Jean des Martins, docteur en droit, seigneur de Puycoubier et chancelier de Provence de 1444 à 1477 (année de sa mort). Il en passe commande pour orner la chapelle Saint Jacques-Saint Jean de la cathédrale Saint Sauveur d' Aix, qui est la chapelle personnelle de la famille des Martins.

Le missel va s'y trouver jusqu 'à la révolution, période à laquelle il est restitué par le chapitre de la cathédrale à la famille des Martins. Il est ensuite acheté en 1827 par l' érudit Aixois Roux-Alphéran, puis par Magnan de la Roquette (vente Paris, 22 novembre 1841, n° 228). Il est enfin acquis par la Bibliothèque Nationale en 1970.

Le manuscrit, après son achat par la Bibliothèque Nationale, a fait l' objet d' une publication dans la revue de l' art en 1977. La thèse du conservateur du département des manuscrits occidentaux, François Avril, est que ce manuscrit a été enluminé par Enguerrand Quarton, avec l' aide mineure de quelques assistants de moindre talent.

Aujourd'hui, cette attribution fait l'unanimité dans les milieux scientifiques. Nous ne reprendrons donc pas les arguments en faveur de celle-ci par le menu.

Il faut tout d' abord dire que c' est un ouvrage de très grand format (366x276) et de très grand luxe. Les miniatures sont à la mesure du luxe de l' ouvrage.
On note denotables différences entre les peintures du missel et la grande peinture de retable de Quarton. Il y a deux raisons à cela :
Tout d' abord, le missel des Martins est postérieur de 10 ans à la pietà de Villeneuve (qui est la dernière oeuvre connue du maître)


Ensuite, la différence de format entre la représentation monumentale du retable et la finesse de la miniature conduit nécessairement à une réalisation différente.


Il y a moins d' influences picardes (Robert Campin) dans cette oeuvre de la fin de la carrière du peintre mais on retrouve les mêmes caractères secondaires que dans ses oeuvres précédentes : les nuages "dorés" sont très proches de ceux du livre d' heures Morgan, le pli en équerre du vêtement de saint Jean dans la crucifixion du canon de la messe, les doigts de la main pliés en un geste de bénédiction, etc.

Il y a aussi des différences comme le canon plus court des personnages dans le missel que dans ses oeuvres monumentales, que François Avril rapproche des oeuvres du sculpteur contemporain Antoine Le Moiturier et que Charles Sterling rapproche plutôt du triptyque de l' annonciation d' Aix de Barthélémy d' Eyck.

En ce qui concerne les illustrations de petite taille, François Avril discerne 4 mains, dont l' une serait celle de Quarton.

Il faut avouer qu' il n' est pas évident de les discerner lorsque l' on n' est pas un spécialiste très pointu dans ce domaine, nous ne nous étendrons donc pas plus. Il semblerait néanmoins que la totalité des dessins réalisés pour ces miniatures soit attribuable à Enguerand Quarton.

François Avril propose de voir le travail d' enlumineurs différents dans la réalisation des armoiries et des 4 vertus cardinales du folio 7, plutôt influencées par l' art de Barthélémy d' Eyck, ainsi que dans le petit calvaire situé au folio 287 qui démontre des influences Quartonesques mais aussi une autre formation.

En ce qui concerne les deux élévations, Avril attribue celle de l' hostie à Quarton et celle du calice à un autre peintre pour l' heure indéterminé, peut-être un collaborateur de l' atelier de Pierre Villate.

La scène de la rencontre à la porte dorée sera reprise par Nicolas Dipre dans deux panneaux. L'un conservé au Louvre et l'autre au musée de Carpentras. D'autres scènes du missel seront elles aussi reprises par Dipre dans son adoration des bergers.

L'oiseau héraldique du folio 199v (qui représente la pentecôte) est à mettre en relation avec la colombe du saint esprit. Sur ce même folio, on distingue un écu qui se détache sur un décor de batons écotés d'argent sur fond rose. Ce décor est un des emblèmes de René d'Anjou. La présence de celui-ci souligne les liens privilégiés qui éxistaitent entre le chancelier de Provence et le roi de Sicile.

Dans tous les dessins réalisés pour ce missel, Enguerrand Quarton utilise des personnages au canon court, avec une tête relativement grande et des drapés courts coupés nets à l' horizontale, comme il l' avait déjà fait dans le retable Requin. En ce qui concerne la physionomie des personnages du missel, Quarton a puisé dans son ancien fonds : le saint Maximin du missel ressemble de manière frappante à l' évêque du retable Requin, par exemple. Certains éléments sont les héritiers de sa collaboration avec Barthélémy d' Eyck, attestée sur le livre d' heures Morgan (voir la section consacrée à cet ouvrage).

Le copyright de la totalité des reproductions des oeuvres d' Enguerrand Quarton présentes sur ce site appartient aux musées, bibliothèques et institutions qui en ont la charge.

© Virginie Clève - Novembre 2002 (V3) - Site ouvert depuis le 1er octobre 2000
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