Les
Lunettes de ce diptyque ont été
identifiées en 1994 par Giovanni Romano
comme parties d’un petit retable de culte
privé non identifié, du fait de
leur forme en ogive et de leur petite dimension.
Dès 1980,
le musée Lindenau avait attribué
à l’école provençale
et daté autour de 1500 deux volets de diptyque
qui étaient en sa possession. Les deux
volets furent par la suite signalés comme
faisant partie de l’entourage d’Enguerrand
Quarton par Dominique Thiébaut en 1983
puis attribués definitivement au maître
(suite à l’article de Romano), par
Dominique Thiébaut, en y ajoutant les lunettes
correspondantes en 1999.
On observe que
la largeur des lunettes et des panneaux est la
même, ce qui suggère une superposition
initiale. De plus, les quatre panneaux sont taillés
dans le même bois (probablement du noyer)
et exactement de la même manière.
Ils n’ont cependant plus tout à fait
leur taille initiale, car il n’y a nulle
trace des charnières visible aujourd’hui.
On suppose que la transformation du retable en
éléments séparés est
relativement récente, avant 1852, à
Rome. Dès cette date, les deux lunettes
faisaient partie des collections Vaticanes. Les
deux panneaux furent acquis en 1844 pour le musée
allemand qui venait d’être crée
par l’intermédiaire d’Emil
Braun (alors secrétaire de l’institut
archéologique à Rome).
Les panneaux ont
été amincis dans leur épaisseur,
ce qui nous prive d’informations sur l ‘aspect
initial du revers des quatre panneaux. On suppose
qu’ils appartenaient à un petit diptyque,
dont les éléments que nous possédons
seraient la partie intérieure. On peut
imaginer qu’une autre figure que celle de
Jean-Baptiste devait y figurer car les associations
entre la vierge et Jean-Baptiste sur une même
œuvre étaient extrêmement peu
fréquentes à cette époque.
Un ancien inventaire
de la bibliothèque Vaticane rédigé
entre 1756 et 1762 mentionnait les panneaux comme
membres d’un même diptyque mais ne
proposait aucune attribution. L’inventaire
nous informe également du fait que sur
les revers des deux panneaux principaux figuraient
les portraits d’un homme et d’une
femme : Pandolfo Malatesta et sa femme selon les
rédacteurs du document (ce qui est totalement
exclu aujourd’hui.)
Dans tous les
cas, il semble difficile de comprendre comment
un collectionneur allemand a pu acheter, en 1844,
des panneaux qui appartenaient à la collection
de la bibliothèque vaticane depuis un siècle.
Nous ne savons pas comment les figures des deux
personnages des revers sont, quant à elles,
sorties de ces mêmes collections.
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La
première constatation que l’on
peut faire est que ce diptyque est plus
proche des enluminures de Quarton que de
sa peinture sur panneaux.
Les deux panneaux principaux sont très
abîmés du fait de nettoyages
agressifs successifs. Sous le manteau de
Jean-Baptiste, on peut voir de ce fait une
partie du dessin sous-jacent (ci contre).
Le type de plis très anguleux que
montre le dessin est sans aucun doute possible
la marque de fabrique du grand maître
provençal. Les figures des deux prophètes
des lunettes font beaucoup penser à
la figure de Dieu le père du missel
des martins. La longueur des doigts du personnage
est, elle aussi, caractéristique. |
Dominique Thiébaut
situe ce retable avant 1450, à peu près
à la même époque que le livre
d’heures conservé à la Huntington
Library de San Marino (USA).
Il n’est
pas sûr que la disposition adoptée
jusqu’alors, et qui est conforme aux représentations
classiques de la Vierge et saint Jean Baptiste
(Vierge à gauche et Jean à droite)
soit la bonne. Plusieurs arguments sont en faveur
d’une inversion :
- Le paysage se
continue plus logiquement en plaçant la
figure de saint Jean à gauche, car alors,
le fil du bois se continue de manière logique
entre les deux panneaux. Dans le cas contraire,
il y a rupture.
- Jean baptiste,
en tant que précurseur du christ se place
plus logiquement à gauche de la vierge
accompagnée du christ ; c’est à
dire avant elle, sur l’échelle du
temps.
- Si on place
Jean à gauche, l’agneau semble se
diriger vers les figures du christ et de la vierge,
comme préfiguration du sacrifice du christ
sur la croix.
- Il n’y
a pas de convergence des regards vers le centre,
comme c’est le cas traditionnellement (Cela
dit, l’argument n’est pas suffisant
pour refuser la reconstitution actuelle, car Quarton
est un argument singulier, qui s’affranchit
régulièrement des normes en vigueur).
Les deux prophètes
dans leurs lunettes (ci dessus), sont une citation
quasi directe du polyptyque de l’agneau
mystique des frères Van Eyck (Gand, Cathédrale
Saint Bavon), ce qui s’explique de par la
formation flamande de Quarton.
Romano a remarqué
que les tonalités colorées des lunettes
étaient très proches de celles de
Quarton. Malheureusement, sur les panneaux conservés
au musée d’Altenburg, les altérations
de la couche picturale sont trop importantes pour
pouvoir comparer les couleurs. On peut penser
que le paysage derrière la vierge possédait
les mêmes tonalités de vert intense
que dans les heures Morgan.
On retrouve dans
la figure de la vierge à l’enfant
entourée d’anges un motif dérivé
de Robert Campin et de son atelier.
La figure de Jean-Baptiste, sur fond de paysage,
est, quant à elle, étonnamment proche
du triptyque
Floreins et du diptyque Bembo d’Hans
Memling. C’est notamment le cas pour le
motif de la rangée d’arbres en arrière
plan que l’on retrouve clairement dans le
tableau de Memling. Peut-être ces deux œuvres
dérivent-elles d’un modèle
commun.
Les plis profondément
marqués (par exemple dans le dessin sousjascent
visible par reflectographie infra-rouge dans le
manteau de saint Jean-Baptiste) sont la marque
inconstestable d’Enguerrand Quarton. On
retrouve dans les formes, même si elles
sont altérées, des ressemblances
frappantes avec les heures Morgan et les heures
Huntington réalisées dans les mêmes
années.
La présence
du tableau au XIXème siècle à
Rome pourrait s’expliquer par un commanditaire
italien. Ce serait un magnifique exemple de circulation
méditerranéenne des artistes au
moyen âge !
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