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Retable Cadard
1444-1445
Musée Condé, Chantilly


Ce panneau représente Jean Cadard et sa femme Jeanne de Moulins, commanditaires du retable, présentés à la Vierge de miséricorde par leur saints patrons, saint Jean-Baptiste à gauche reconnaissable à son manteau en poils d' animaux et saint Jean l' évangéliste à droite. L' oeuvre était sûrement destinée à une église d' Arles où Quarton habitait en 1446.
La prédelle et le couronnement sont manquants et l' oeuvre a été transposée de bois sur toile.

Jean de Maissy, dit Cadard est d' origine Picarde, comme Enguerrand Quarton. Il est le médecin des enfants de Charles VI, dont le futur Charles VII. Il doit quitter sa région d' origine pour le sud de la France banni à la demande de Philippe le Bon qui le soupçonne d' être l' un des instigateurs du meurtre de Jean sans Peur son père, à Montereau.

Il arrive à Avignon en 1423 et choisit de greffer sa chapelle à celle de Pierre du Luxembourg à l' église des Célestins d' Avignon, qui jouit à l' époque d' un prestige exceptionnel et qui est fréquentée par la bonne société. Jean Cadard est aussi l' un des hommes les plus riches d' Avignon

A l' aube de la Renaissance, l' église regorgera littéralement de trésors :

des peintures murales, le retable d' Enguerrand Quarton
un autre de Pierre Villate (artiste dont toutes les oeuvres sont perdues à part un manuscrit, mais qui, a son époque, jouissait d' une grande renommée)
un portement de croix de Francesco Laurana sur le maître-autel, après 1478.

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Selon le prix-fait daté du 16 février 1452, le retable aurait été réalisé à deux mains : celle de Quarton, artiste déjà reconnu et celle de Villate, encore jeune, mais pas débutant (il est déjà qualifié de maître).

De plus, on sait que Cadard confiera à ce même artiste 18 mois plus tard la réalisation d' un retable ou figuraient son portrait et celui de sa femme, aujourd'hui perdu.

De nombreux spécialistes ont attribué telle ou telle part du panneau à l' un puis à l' autre sans qu' aucun n' ait réèllement réussi à emporter l' adhésion générale.

Une seule analyse semble capable de sortir de cette impasse : c' est celle que donne Charles Sterling, qui propose d' attribuer à Villate la prédelle aujourd'hui disparue, dont on suppose qu 'elle devait représenter le Christ entouré des douze apôtres.

C' est d' autant plus probable que l' artiste réalisant le panneau central n' est pas automatiquement celui qui réalise la prédelle.
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A ce stade, une autre interrogation vient à l' esprit : pourquoi n' avoir pas laissé Quarton réaliser également la prédelle ; travail qui lui aurait pris beaucoup moins de temps que pour le panneau central ?

Sterling propose l' explication suivante, qui semble convaincante : on aurait voulu gagner du temps, afin que le retable puisse être placé sur l' autel pour la saint Jean-Baptiste, saint-patron du commanditaire Jean Cadard. De fait, le panneau et sa prédelle ont été réalisés en 5 mois, ce qui est peu comparé aux dimensions du panneau.

La Vierge de miséricorde est un thème très répandu en France pendant la jeunesse de Quarton et il s' apparente à des thèmes italiens et byzantins. On en retrouve de nombreuses représentations en Provence : exemple
On retrouve également des éléments très similaires dans les deux oeuvres : la Vierge qui écarte les pans de son manteau, le monde chrétien divisé en laïcs et en clercs et le même déhanchement que compense l' inclinaison de la tête.

Chez Quarton, il y a toujours une symétrie apparente des bras. Cette Vierge n' est pas influencée par l' Italie (du reste l' influence de l' Italie dans la représentation de Vierges était très limitée en France à cette époque). Quarton utilisait donc des modèles locaux.
Dans ce retable, la profondeur est moins articulée que dans le retable Requin : on remarque plutôt ici les influences flamandes de Quarton, et notamment un écho des Van Eyck. En revanche, les fuites spatiales sont plus convaincantes.

Cette oeuvre étant postérieure de plusieurs années au retable Requin, la composition est beaucoup plus maîtrisée, en un large chiffre ornemental et le rendu des détails est plus réaliste. Les formes, qui se touchent légèrement les unes les autres, entraînent le regard. Un dernier détail a son importance : les donateurs ne sont plus représentés à toute petite échelle en regard des personnages sacrés, ils ont quasiment la même taille.

La composition de base de ce retable est héritée de la tradition flamande, mais Quarton l' anime d' une arabesque ornementale et d' une lumière chaude et méridionale, en faisant ainsi une oeuvre forte et originale.

Dominique Thiébaut, dans son récent et excellent catalogue sur les primitifs Français (Paris, musée du Louvre, 27 février – 17 mai 2004) nous offre quelques nouvelles pistes de lecture au sujet du retable Cadard. On sait en effet par un document d'archives qu'un artiste nommé Pierre Vilatte a participé à l'élaboration du retable mais on a cherché vainement jusqu'à aujourd'hui de discerner sur le panneau des parties de sa main. Sterling proposait dans sa monographie sur Quarton en 1983 d'attribuer à Vilatte la prédelle perdue.

Dominique Thiébaut attire aujourd'hui l'attention des spécialistes sur une « certaine disparité de conception et de facture » entre la majeure partie du panneau et quelques unes des figures agenouillées sous le manteau de la vierge. Ce serait le cas par exemple d'un évêque à la droite de la vierge dont la tête « volumineuse aux traits épais, à l'expresion banale, dont l'écriture insitante, la matière opaque tranchent avec le reste de l'execution ». Elle propose donc d'attribuer ces quelques figures au jeune Vilatte.

Nous trouvons pour notre part ces reflexions fort convaincantes et vous laissons juge au vu des reproductions, en attendant peut être la réapparition de nouveaux éléments…

La question de l'existence d'une éventuelle prédelle, quelqu'en soit l'auteur, reste ouverte.

A lire aussi : L'utilisation du nombre d'or chez Enguerrand Quarton

Le copyright de la totalité des reproductions des oeuvres d' Enguerrand Quarton présentes sur ce site appartient aux musées, bibliothèques et institutions qui en ont la charge.

© Virginie Clève - Novembre 2002 (V3) - Site ouvert depuis le 1er octobre 2000
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