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Pietà de Villeneuve-Lez-Avignon
Acquisition de la société des amis du Louvre 1905
163x218 hors cadre, Bois de noyer
Paris, Musée du Louvre

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Nous conservons le cadre original mais il manque un superciel, aujourd'hui disparu. Ce superciel devait être constitué de 3 parties. IL n' y a pas la moindre trace d' une quelconque prédelle, ce qui laisse à supposer qu' il n' y en a jamais eu.

On conserve aussi des inscriptions originales dont les lettres sont formées de gros points au repoussé. Entre ces lettres, on observe des nimbes et des motifs végétaux symboliques.

On sait que le retable a été transféré à l' hospice de Villeneuve en 1872, mais on ne sait pas très bien ou il se trouvait avant. Jusqu 'à' aujourd'hui, on n' a découvert aucun prix-fait qui pourrait nous éclairer.

On sait seulement qu' avant la révolution française, celui-ci se trouvait dans une église de Villeneuve-les-Avignon.

Ce qui est étonnant, c'est de n'en trouver mention nulle part : ni dans les inventaires révolutionnaires des biens ecclésiastiques, ni dans les anciennes descriptions de visites pastorales, ni même dans les ouvrages des historiens locaux du XVIIIè siècle.

Le tableau est repéré par Prosper Mérimée en 1834 dans l'église de Villeneuve-lez-Avignon. Il sera exposé lors de l'exposition des primitifs Français cette même année, puis acheté par la Société des Amis du Louvre pour la somme de 100 000 francs. Le tableau entre officiellement au Louvre le mardi 14 novembre 1905, après avoir subi une restauration rendue nécessaire par son état (encrassement).
Une copie a été réalisée au moment de la vente, qui remplace l'original dans l'église de Villeneuve-lez-Avignon.

La scène est occupée par 5 personnages : la Vierge portant le Christ sur ses genoux, sainte Madeleine à droite et saint Jean l' évangéliste à gauche. Le dernier personnage est le donateur, dans la position traditionnelle du priant.

Iconographiquement, les fleurs et les feuilles d' ortie du vêtement de la Vierge traduisent sa cruelle douleur. Les fleurs et les feuilles d' hysope de la tenue de Jean expriment sa pureté, son innocence et son humilité.

Les fleurs et les feuilles d' oeillet symbolisent l' amour pur de Madeleine. L' étoile sur le manteau de la Vierge ainsi que les lettres M et V (Maria Virgo) et les trois lettres I.H.S proviennent d' une tradition Siennoise encore très présente à Avignon à cette époque.


Le donateur représenté sur ce panneau est un chanoine : il porte l' aumusse de fourrure avec des queues de martre et un bonnet rouge (quasi invisible, cliquez sur l'image à droite pour voir l'agrandissement) à ses pieds.

Ce chapeau se portait couramment en France entre 1450 et 1460. Sterling propose de l' identifier a Jean de Montagny, déjà représenté sur le couronnement de la Vierge, par comparaison physique.

Cette identification est depuis contestée, avec fondements. Il semble raisonnable aujourd'hui de dire que l' on ne sait pas qui est le personnage représenté sur ce retable. La redécouverte de prix-fait pourrait seule, pour l' heure, nous éclairer sur ce point.

Les couleurs, aujourd'hui assombries par des vernis altérés, sont les mêmes que sur le couronnement, seule oeuvre assurée de Quarton. On le sait grâce à des tests de nettoyage pratiqués à deux endroits du retable il y a quelques années.

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On retrouve également l' utilisation d' un chiffre ornemental ; quasiment le même dans toutes les compositions de Quarton : deux personnages dont le haut du corps s' incline vers le centre du tableau et un troisième personnage, central, sorte de médiatrice du tableau.

Le Christ ressemble énormément aux deux personnages de la trinité du couronnement. Les visages et les coiffures sont, selon Sterling, uniques en Europe au XVè, en particulier les petites mèches croisées sur le front que l' on retrouve tant sur le couronnement que sur la Pietà.
Les doigts longs et les ongles coupés à angle droit sont également similaires sur les deux panneaux.

Les roches grises et les architectures de Jérusalem sont très semblables à celles du Couronnement.

Il faut savoir qu 'à cette époque, très peu d' artistes avaient l' occasion de se rendre sur place avant de peindre une ville ; surtout lorsqu 'elle est aussi éloignée que l' est Jérusalem. Elles étaient donc réalisées à partir de dessins ramenés de voyages par ceux qui avaient eu la chance de s' y rendre.

Le motif de Pietà utilisé dans ce panneau n' est pas vraiment original, contrairement aux autre formules composées par Quarton. En voici un exemple (ci-contre) :

Quarton a pu connaître et s' inspirer des Pietà de Van Der Weyden, et notamment de celle du musée d' art ancien de Bruxelles.

La formule iconographique de la Vierge en priante et les mains jointes est née dans le Nord de l' Europe, mais ici, elle est différente des formules italiennes, allemandes et flamandes, où la douleur est plus éclatante et les mains plus crispées : il s' agit ici d' une formule revisitée, qui inaugure un genre nouveau dont Quarton est le précurseur : celui de l' école provençale de peinture.

Une telle image de domination de  la souffrance par la Vierge était bien accueillie en Provence où l' on célébrait sa force morale exemplaire.

A lire aussi : L'utilisation du nombre d'or chez Enguerrand Quarton

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