Pietà
de Villeneuve-Lez-Avignon
Acquisition de la société
des amis du Louvre 1905
163x218 hors cadre, Bois de noyer
Paris, Musée du Louvre
Nous conservons le cadre original mais il manque un
superciel, aujourd'hui disparu. Ce superciel devait
être constitué de 3 parties. IL n' y a
pas la moindre trace d' une quelconque prédelle,
ce qui laisse à supposer qu' il n' y en a jamais
eu.
On conserve aussi des
inscriptions originales dont les lettres sont
formées de gros points au repoussé.
Entre ces lettres, on observe des nimbes et
des motifs végétaux symboliques.
On sait que le retable a été transféré
à l' hospice de Villeneuve en 1872, mais
on ne sait pas très bien ou il se trouvait
avant. Jusqu 'à' aujourd'hui, on n' a
découvert aucun prix-fait qui pourrait
nous éclairer.
On sait seulement qu' avant la révolution
française, celui-ci se trouvait dans
une église de Villeneuve-les-Avignon.
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Ce qui est étonnant, c'est de n'en trouver mention nulle part : ni dans les
inventaires révolutionnaires des biens ecclésiastiques,
ni dans les anciennes descriptions de visites pastorales,
ni même dans les ouvrages des historiens locaux
du XVIIIè siècle.
Le tableau est repéré par Prosper Mérimée en 1904 dans l'église de Villeneuve-lez-Avignon. Il sera exposé lors de l'exposition des primitifs Français cette même année, puis acheté par la Société des Amis du Louvre pour la somme de 100 000 francs. Le tableau entre officiellement au Louvre le mardi 14 novembre 1905, après avoir subi une restauration rendue nécessaire par son état (encrassement).
Une copie a été réalisée au moment de la vente, qui remplace l'original dans l'église de Villeneuve-lez-Avignon.
La scène est occupée
par 5 personnages : la Vierge portant le Christ sur
ses genoux, sainte Madeleine à droite et saint
Jean l' évangéliste à gauche. Le
dernier personnage est le donateur, dans la position
traditionnelle du priant.
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Iconographiquement, les fleurs et les feuilles
d' ortie du vêtement de la Vierge traduisent
sa cruelle douleur. Les fleurs et les feuilles
d' hysope de la tenue de Jean expriment sa pureté,
son innocence et son humilité.
Les fleurs et les feuilles d' oeillet symbolisent
l' amour pur de Madeleine. L' étoile
sur le manteau de la Vierge ainsi que les lettres
M et V (Maria Virgo) et les trois lettres I.H.S
proviennent d' une tradition Siennoise encore
très présente à Avignon
à cette époque.
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Le donateur représenté sur ce
panneau est un chanoine : il porte l' aumusse
de fourrure avec des queues de martre et un
bonnet rouge (quasi invisible, cliquez sur l'image
à droite pour voir l'agrandissement)
à ses pieds.
Ce chapeau se portait
couramment en France entre 1450 et 1460. Sterling
propose de l' identifier a Jean de Montagny,
déjà représenté
sur le couronnement de la Vierge, par comparaison
physique.
Cette identification est
depuis contestée, avec fondements. Il
semble raisonnable aujourd'hui de dire que l'
on ne sait pas qui est le personnage représenté
sur ce retable. La redécouverte de prix-fait
pourrait seule, pour l' heure, nous éclairer
sur ce point.
Les couleurs, aujourd'hui
assombries par des vernis altérés,
sont les mêmes que sur le couronnement,
seule oeuvre assurée de Quarton. On le
sait grâce à des tests
de nettoyage
pratiqués à deux endroits du retable
il y a quelques années.
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On retrouve également l' utilisation d'
un chiffre ornemental ; quasiment le même
dans toutes les compositions de Quarton : deux
personnages dont le haut du corps s' incline vers
le centre du tableau et un troisième personnage,
central, sorte de médiatrice du tableau.
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Le Christ ressemble énormément
aux deux personnages de la trinité du couronnement.
Les visages et les coiffures sont, selon Sterling, uniques
en Europe au XVè, en particulier les petites
mèches croisées sur le front que l' on
retrouve tant sur le couronnement que sur la Pietà.
Les doigts longs et les ongles
coupés à angle droit sont également
similaires sur les deux panneaux.
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Les
roches grises et les architectures de Jérusalem
sont très semblables à celles du
Couronnement.
Il faut savoir qu 'à cette époque,
très peu d' artistes avaient l' occasion
de se rendre sur place avant de peindre une ville
; surtout lorsqu 'elle est aussi éloignée
que l' est Jérusalem. Elles étaient
donc réalisées à partir de
dessins ramenés de voyages par ceux qui
avaient eu la chance de s' y rendre.
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Le motif de Pietà
utilisé dans ce panneau n' est pas vraiment
original, contrairement aux autre formules composées
par Quarton. En voici un exemple (ci-contre)
:
Quarton a pu connaître
et s' inspirer des Pietà de Van Der Weyden,
et notamment de celle du musée d' art
ancien de Bruxelles.
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La
formule iconographique de la Vierge en priante et les
mains jointes est née dans le Nord de l' Europe,
mais ici, elle est différente des formules italiennes,
allemandes et flamandes, où la douleur est plus
éclatante et les mains plus crispées :
il s' agit ici d' une formule revisitée, qui
inaugure un genre nouveau dont Quarton est le précurseur
: celui de l' école provençale de peinture.
Une telle image de domination
de la souffrance par la Vierge était bien
accueillie en Provence où l' on célébrait
sa force morale exemplaire.